Vision Numérique humanisme-internet-resistance-village-globale

Publié le 10 novembre, 2016 | par Stéphane Favereaux

0

Internet : du village global à l’intolérance

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Internet était une utopie…. Il est devenu un village mondial d’intolérance, de haine, et paraît de plus en plus éloigné de son origine. Il devient une dystopie. Le Net et ses évolutions, et toute notre société au-delà, nécessitent la refondation d’un réel projet humaniste.

L’expression « Village Global » de MacLuhan n’est certes pas obsolète, mais elle se confronte à des réalités sociétales, politiques, idéologiques (au sens noble du terme). Les pierres d’achoppement sont nombreuses, et elles gênent l’édification de ce village mondial. Il peine à devenir réalité. Alors que ces pierres auraient pu construire des passerelles, elles sont aujourd’hui utilisées pour séparer, construire des murs aux frontières.

L’absence de dialogue réel sur les médias sociaux permet de constater une réduction de l’espace discursif. A l’évidence le verbal et le non verbal se complètent nécessairement mais ce simple verbal virtuel réduit à  quelques commentaires ne permet pas absolument de poser un débat idéel idéal. Il en va de même pour des échanges de tweets.

Par conséquent, l’échange tel qu’il est proposé aboutit le plus souvent à une réduction de la portée de l’idée, de sa capacité d’épanouissement voire de diffusion. Ce qui est totalement antithétique avec le nom même de ce canal qui rapproche, tout en nous éloignant de l’échange absolu. Le face à face humain ne peut être supplanté par le Social Media qui est, reste, et restera un point de contact utile certes mais loin de l’essence de ce qu’est un réel échange d’idées.

einstein

Si l’on ajoute à cela la nécessité imposée par l’écosystème dans lequel nous baignons, celle d’aller, toujours plus vite, on est en droit de se demander si on peut encore prétendre, dans ce contexte, s’accorder le temps de la réflexion ? Or, réfléchir pour qui voter, qui élire, que décider dans un contexte politique, électoral, nécessite un temps long.

Enfin, la multiplication des points de contact aboutit inévitablement à la dispersion de l’idée, mais pas à sa diffusion. La parole intolérante entre en contact frontal avec tout un chacun au quotidien quand les paroles humanistes se perdent dans le brouhaha constant.

De la proximité à l’éloignement

Dominique Wolton le dit très bien : « Le village global est une réalité technique qui attend un projet politique ; car plus les techniques réduisent les distances géographiques, plus les distances culturelles prennent de l’importance et  obligent à un projet humaniste pour que les hommes se tolèrent. »

La proximité humaine, génère en son sein numérique un éloignement culturel. Quelle vérité pourrait être plus dommageable ? Plus on donne aux humains des moyens de communiquer, moins ils échangent, moins ils s’écoutent, moins il prennent le temps de se comprendre, de métisser les idées, les cultures, terreau même de l’évolution de l’histoire des idées, de l’histoire des mœurs.

L’abolition des distances éloigne paradoxalement et l’abolition des frontières géographiques sur le Net génère sa propre antithèse. Les murs (facebookiens) sur lesquels nous « échangeons » tous les jours se vident de plus en plus de ce qui porte les idées : le sens. Ces murs enferment, ferment les portes aux idées, renforcent au final les frontières géographiques devenues idéologiques (au sens péjoratif du terme). L’impossibilité d’échange mure les Hommes dans un silence coi, assourdissant alors qu’ils écrivent sur les murs tous les jours. Mais écrire enfante-t-il pour autant du sens et de l’échange ? visiblement non. Le numérique devrait être un bien commun d’échange, il reste et devient toujours plus un facteur d’éloignement.arendt

Problème majeur dans ce contexte, depuis quelques années, le développement de la fachosphère et son expansion continue, visible, partout, à tout moment. Les idéologies qui s’entendent le plus sont celles qui font le plus de bruit : elles tuent, violent les droits de l’hommes, se vautrent dans la fange des extrémismes politiques, attentent aux libertés fondamentales, se contentent d’une facilité effarante… etc.

Les tolérants, humanistes ne se font plus entendre, ne peuvent plus se faire entendre. On peut avoir le sentiment que ces idées sont minorées, peu importantes, peu essentielles. Dans le bruit constant, seuls les hurlements résonnent. Compte-non tenu d’une auto-censure de plus en plus évidente. Les menaces à répétition subies découragent. Pourtant, la résistance, ça marche !

Projet politique humaniste nécessaire

On entend, alors que la campagne de la présidentielle monte en puissance, une réelle prise de conscience citoyenne se mettre en place. Les français veulent compter et se comptent. Les initiatives locales des maisons des citoyens se multiplient, notamment sous l’impulsion d’Alexandre Jardin.

Les idées, la République, l’idéal républicain, la devise de la France, autant de choses que doivent se réapproprier les citoyens, autant d’idées qu’il ne faut plus laisser entre les mains partisanes. Un projet politique humaniste, empreint d’une réelle humanité ne s’écrit qu’avec des citoyens, pour des citoyens.

Liberté, Égalité, Fraternité n’est pas partisan, c’est purement et simplement un projet de société humaniste. Pas un projet politique au sens affligeant de la politique politicienne que l’on voit aujourd’hui à longueur de livres que personne ne lit ou de débats que plus personne n’écoute parce qu’ils ne parlent plus des citoyens. Ils ne parlent que de cette basse politique dans une tautologie effrayante.

Ce projet humaniste est d’autant plus nécessaire que le manque de maîtrise de la technique, d’Internet et ses enjeux par les décideurs politiques actuels est flagrant.

L’Humanisme n’est pas éteint

michel-serres-nouvelles-technologies

En dépit des volontés freinant tout avancée, un parfum de souffre doit renaître dans les idées qui doivent à nouveau être diffusées. La conscience humaniste n’est pas un vain mot. C ‘est de notre appréhension de soi et de l’autre, d’une certaine vision de l’altérité, de la relation à autrui dont il est question. Un changement des mentalités s’impose pour ne pas nous laisser déposséder de notre Humanité. Une Femme, un Homme, ne sont pas des Datas, des données comptables, économiques, des clients, des consommateurs absolus. Vivre avec des menottes et une laisse n’a jamais été une volonté humaine.

On aspire à une Liberté qu’on ne veut plus revendiquer, plus prendre. On attend qu’on nous donne les cadres dans lesquels elle pourra s’exprimer, on prend acte quand la loi passe, quand le décret est signé, quand l’état d’urgence est renouvelé…. et on rallume la télé.

L’instruction, l’éducation, les idées, pas à pas, à chaque instant : dire, faire dire, partager, diffuser les idées humanistes, celles qui remettent l’Humain au centre de la société à laquelle il appartient, qu’il construit par chacun de ses actes, devient toujours plus nécessaire.

Les contre-cultures ont toujours été à contre-courant des mouvements idéologiques, elles ont toujours réussi à faire sortir des idées nouvelles d’une adversité subie. Qu’elle qu’ait été l’époque. De l’humanisme du quattrocento italien aux Lumières en passant par les contre-cultures des années 70 partout dans le monde. Quand les populations réalisent qu’elles ne doivent plus avoir peur des politiques mais que les classes politiques doivent avoir peur des populations, alors, les idées peuvent prendre un sens politique (au sens noble du terme) nouveau, peuvent prendre un sens social réel.

La politique telle qu’on la connaît depuis des années est morte. Morte, mise en bière. La descente au tombeau ne dépend que d’une prise de conscience globale. Les premières pelletées de terre suivront très logiquement.

Il faut tuer l’image du père, l’image de dieu, l’image du dieu dirigeant, la soumission à l’inacceptable. Il faut utiliser tous les canaux de communication à notre disposition pour faire entendre des voix discordantes, des voix qui luttent contre la fachosphère, contre les idées n’allant pas dans le sens de la citoyenneté humaniste, des voix qui s’élèvent contre tout dirigeant n’ayant pas encore admis dans ses propositions qu’un citoyen à le droit de cité !

Réduire les distances entre les hommes les éloignent parce que les projets politiques en font des utilités au service de décisions économiques, financières, sécuritaires. L’élan humaniste ne connaît pas les frontières, méprise les cadres imposées dans lesquels les libertés survivent.

citation-wolton

Ces idées révèlent la complexité de la pensée humaine face à la binarité que nous imposent les Facebook et consort. « Soit tu penses comme moi, soit tu es contre moi » est intolérable. Le débat naît dans l’échange, pas dans l’opposition systémique. Mais pour échanger, il faut se faire entendre. Pas se faire écraser.

Si on veut faire de ce monde quelque chose de plus équitable, il faut remettre au goût du jour les utopies, les rêves, les idées. On ne doit plus rêver de posséder un Iphone  ou un tailleur Chanel, on doit rêver de vivre dans le monde qu’on espérait quand on était mômes. Un intérêt financier ne doit pas écraser une bibliothèque et les livres qu’elle contient. Un intérêt économique ne doit pas détruire des lieux de débats, de concert, d’échange, de culture, au profit d’un lieu de consommation.

Construire des murs pour mieux s’enfermer et se protéger, c’est ériger la haine en rempart, et le liant, le ciment, n’est que l’ignorance de l’autre en tant qu’humain, n’est que le refus de connaître, de savoir, d’être.

On parle sur des murs toute la journée pourtant on ne s’écoute plus, on n’échange plus. Construisons des ponts reliant les hommes, pas des intérêts économiques. L’Humanisme relie, rend tolérant. Les distances culturelles doivent se réduire pour qu’on s’écoute. Sans humanisme, les bond en arrière sera fulgurant, et il sera trop tard pour regretter.

 

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Tags: , , , , , ,


À propos de l'auteur

Chef de projet Digital, Social Media Manager, disciple de Bacchus



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Back to Top ↑
  • Le Mouton Numérique, blog partenaire

    humanisme numerique mouton transhumanisme
  • Les Chatons d’Or – Blog partenaire

    Les Chatons d’Or – Blog partenaire
  • Suivez-moi sur Twitter

    Suivez-moi sur Twitter

    Suivez-moi sur Twitter


var _gaq = _gaq || []; _gaq.push(['_setAccount', 'UA-44493253-1']); _gaq.push(['_trackPageview']); (function() { var ga = document.createElement('script'); ga.type = 'text/javascript'; ga.async = true; ga.src = ('https:' == document.location.protocol ? 'https://ssl' : 'http://www') + '.google-analytics.com/ga.js'; var s = document.getElementsByTagName('script')[0]; s.parentNode.insertBefore(ga, s); })();