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Publié le 13 octobre, 2016 | par Stéphane Favereaux

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Data : les âmes mortes

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Heureux qui comme la data, a fait un long voyage…. Reprendre un titre de Nicolas Gogol pour débuter cet article lui confère une charge ironique, voire cynique, quelque peu lourde. Ce cynisme est inhérent à la Data devenue panacée ; il est inhérent à ses assauts répétés sur l’environnement dans lequel nous vivons. Quant à du Bellay, ici paraphrasé, il amène une invitation fort peu désirée au voyage imposé… 

L’algorithme, cette boussole d’un temps inconsidéré, cette boussole marketing, humaine, sociale, politique, permet tout, ou presque. Elle permet d’analyser, de comprendre, de ressentir, de prévoir, de vous prévoir, de vous anticiper, d’anticiper le moindre de vos besoins, de vos désirs.

Algorithme et Data, les deux mamelles de la concentration des pouvoirs entre des mains potentiellement innocentes, des griffes mercantiles ou des serres excessivement dangereuses quand elles sont politiques et fascistes. Et des lois récentes les leur donneraient, ces Datas, en cas d’élections portant au pouvoir des partis ayant oublié le sens de la Démocratie.

 

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La Smart-Data se mesure à l’aune d’un mot-valise, mot qui lui arroge un sens tel que des 0 et des 1 deviennent intelligents, une charge sémantique telle que ce mot permet à des Hommes de déléguer une partie de leur réflexion. En effet, tout comprendre, mesurer, analyser pour mieux vendre, asservir, faire consommer, doit être bon pour Nous, pour vous, pour l’Humanité.

Un téléphone à la main, en errance urbaine, nos données réparties sur une mappemonde universelle de données numériques exploitées pratiquement en temps réel créent vos besoins, vos désirs, votre voyage au bout de la Data, votre vision du monde par les infos qui vous sont propulsées, proposées sur Facebook entre autres…

Ces données ordonnées, exploitées, créent les conditions d’une vie revisitée, refondue, socialement, intellectuellement, humainement, socialement, politiquement, et autres termes en -ment ! Nos vies se vivent autrement, sur un socle fondamental tellement puissant qu’il nous remet en cause dans notre essence sociale même.

Face à la Data, vous appartenez-vous encore ? 

Les données construisent une nouvelle représentation de votre paysage réel. Se pose alors une question… Comment ne pas en devenir l’objet et rester sujet pensif et actif, décisionnaire, face à ces nouvelles orientations et face à cette redéfinition de notre géographie physique tendant à s’orienter sous le coup de nos traces numériques ?

La prédictibilité n’est pas une volonté ! Si l’économie des GAFA use à l’envi de ces données, leur diversité, leur possibilité transformatrice est plus puissante encore que leur pouvoir de prédire notre avenir de consommateur ou de voyageur, d’amant ou d’électeur, ou de dissident !

Prédire un usage, une consommation, un vote, un achat, une sentiment, est chose plus ou moins aisée. L’accumulation de prédictions couplée à l’asservissement aux décisions induites, alors que l’Humain se retrouve sous les coups de boutoir des messages envoyés par les marques, les organisations, les politiques, implique une profonde transformation de la représentation que nous nous faisons de l’environnement dans lequel nous vivons. Et une profonde mutation de ce que nous sommes.

Une boutique sera plus encline à nous attirer en fonction des notifications reçues, une personne idem, un parti politique tout autant…. et les infos nous sont données à voir sur nos timelines pour de bonnes raisons : en fonction de ce que nous sommes, voyons, disons, de ce avec quoi nous interagissons, des personnes qui interagissent avec nous. Nulle trace d’un hasardeux voyage. On enterre Serendip.

L’Humanité a-t-elle envie d’être asservie à ce degré ? Au point de pratiquement n’avoir plus à décider ? Ce qui arrange, il faut l’admettre, nombre de marques, d’institutions, d’organisations. Doté d’un libre-arbitre parfaitement orienté auquel il se soumet, la capacité de résistance de l’Homme s’amuït jusqu’à sa disparition.

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Extraire la data du monde du calcul

La dimension froide de la Smart-Data, son atterrant pouvoir ne doit en aucun cas se départir de la nécessaire portée humaniste, de l’impérative dimension humaniste.

Il existe sans le moindre doute une culture numérique comme il existe une culture Humaniste ou une Culture des Lumières. Mais sans pour autant remettre en cause l’existence de cette culture intrinsèquement liée au monde dans lequel nous vivons, devons-nous pour autant mettre de côté les acquisitions intellectuelles, sociales dues à l’Humanisme, à la Renaissance, aux Lumières et à d’autres courants de pensée ? Est-ce pour autant qu’il faille renier ce qui a contribué à sortir l’Homme d’une servitude institutionnelle, politique, pour aujourd’hui le projeter avec son consentement mal éclairé dans une servitude économique et un devoir de représentation sans aucune nécessité d’Être ?

Le temps humain ne peut pas être, ne devait pas être le temps des Datas, celui de l’absolue instantanéité, d’une temporalité absolue, accélérant toujours.

L’échelle de ce qu’est devenue l’Humanité ou de ce qu’elle est en passe de devenir ne devrait pas être sa mesurabilité, ne devrait pas être sa nécessaire adaptation sine qua non, à un environnement dont il n’est plus qu’en partie l’architecte puisqu’il se fonde, cet environnement, contre son gré mais au gré de ses datas.

La considération spatiale imposée par les écosystèmes et les environnements numériques ne peut pas être acceptée fondamentalement, essentiellement, en tant que telle, par l’Homme qui la subit.

L’Homme, son libre arbitre, sa capacité à être sujet plutôt qu’objet, autant de questions pour le moment effacées, balayées d’un revers de main par la Data, les GAFA, les impérieux prétendus besoins de consommer, entre autres…

 

Human brain with sensors and cables, computer artwork.

Human brain with sensors and cables, computer artwork.

 

Les Âmes mortes, errantes, bien que presque mortes de l’admiration de leur reflet numérique, Narcisses Modernes…

Les Âmes mortes, errantes parmi des Datas auxquelles elles se plient…

Les Âmes mortes, celles qui ont choisi par défaut la servitude…

Les Âmes mortes, structurant une vie par un reflet illusoire sur un écran…

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À propos de l'auteur

Chef de projet Digital, Social Media Manager, disciple de Bacchus



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