Vision Numérique doit-on se soumettre à l'intelligence artificielle

Publié le 19 septembre, 2016 | par Estelle Bernet / Stéphane Favereaux

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De la servitude technologique volontaire

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Chose vraiment surprenante (…) c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel » (Étienne de la Boétie, Discours sur la servitude volontaire)

Interrogeons-nous : qu’est ce que la technologie ? Au sens strict, il s’agit d’un art, d’une compétence, avec, attaché à sa suite, le logos, ce discours devenu pensée, rationalité. S’agit-il vraiment d’une pensée de la compétence, l’étude d’une discipline, d’un « traité ou dissertation sur un art, exposé des règles d’un art » comme nous l’affirme le Petit Robert ? Un art, donc, devenu chiffré, robotisé, algorithmé. Ainsi ; de la technologie qui pouvait porter les Lumières, que deviennent ces lumières qui auraient pu naître à l’orée d’un millénaire où un réseau de communication inespéré par l’homme, Internet, voyait le jour ?

Internet, cet acmé de la tragi-comédie humaine. Pourtant, que porte Internet en son sein au plus grand nombre ? Est-ce encore de l’humanité, est-ce vraiment un exposé de la culture, est-ce le savoir ou est-ce l’asservissement désormais devenu style de vie ?

Le joug n’est plus constitué de bois, mais de silicium, de plastique, de verre… il pèse quelques dizaines de grammes, il tient au creux d’une main, on le dirige d’un doigt. On croit effleurer une puissance proche de la liberté, puisqu’elle semble dictée par notre propre volonté. On croit, présence douce et rassurante au plus proche de nous glissé dans la poche d’un jean, avoir la clé qui nous ouvrira les portes de l’Autre, du monde, qu’il soit virtuel ou physique. On accède à d’autres artefacts dont on pense qu’ils nous mènent au savoir, à l’information, à la culture, mais qui ne nous mènent qu’à rien, qu’au vide.

Les regards se perdent dans une fenêtre dont on prétend qu’elle permet de communiquer, mais la communication, c’est l’écoute de l’autre, c’est comprendre, appréhender l’autre. Est-ce vraiment de la communication que celle qui enferme entre un tweet et une fenêtre de tchat sur Facebook ?

Victor Hugo s’écriait : « De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages, aux sources, à l’aurore, à la nuée, aux vents ? De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ? » Sans jamais imaginer qu’un jour, le bourreau serait sa propre victime. Enfermé volontairement dans sa cage de verre et de pixels, nourri à la pipette d’information, étouffé par le phallus du divertissement, surplombé par des maîtres dont il a proclamé la surpuissance… A qui doit-on jeter la pierre ?

 

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Nous craignons les algorithmes que nous, humains, avons engendrés. Nous nous offusquons de l’utilisation de données qui ne nous appartiennent pas puisque nous avons décidé de les livrer. Nous nous plaignons du froid qui règne entre les êtres depuis que nous avons asservi la technologie. Car nous avons juste utilisé un outil pour nous enfermer. Alors, quid de cette part d’humanité dont on espère qu’elle vit encore au fond de nous quand on a compris que nos extensions numériques, que l’humain augmenté que nous devenons, n ‘est pas une panacée ? Qu’elle n’est qu’une faible paroi de verre qui finalement, ne nous protège pas des Autres ?

Quid de cette nécessité d’abord, d’appréhender l’humain dans sa totalité, avant d’envisager d’augmenter ses performances technologiques sans réellement mesurer à court, moyen et long terme, l’impact potentiellement engendré par cette course au développement technologique effréné ? Comment vivra-t-on quand, dégoûté de tout et surtout dégoûté de soi, une petite diode lumineuse nous rappellera, que non, il faut vivre, vivre pour le bien de l’humanité, puisque nous avons décidé que ces technologies seraient plus utiles que l’homme lui-même ?

Quid des conséquences sociales ? De l’engagement social ? On revendique, on hurle davantage sur les médias sociaux, mais pour autant, l’engagement social dans la rue, dans les associations, avec des vrais humains, eux, parfois diminués, est-il pour autant en augmentation ? Quid de l’intérêt technologique s’il ne sert pas la cause humaine avant tout ?

Fenêtre sur cour, fenêtre sur rien. Fenêtre sur tout. On regarde, passif, sans comprendre que nous sommes les décideurs de ce que l’on voit. On a commencé par regarder la télé. Mais ce n’est pas la télévi(con) pour reprendre Ferré, qui nous a abruti. C’est notre demande, notre soif de divertissement qui a abruti cette machine.

Et aujourd’hui, on regarde trois ou quatre écrans en simultanée. Pour ne rien vouloir perdre du monde, mais on se perd, nous-même, on perd le sens. La quête du sens est le combat que nous devons tous mener, le combat qu’il ne faudra pas abandonner. Faute de quoi, si plus aucun sens n’est donné à rien, l’asservissement technologique sera devenu réalité. Comme tout outil, prolongement de l’humain car créé par et pour l’humain, se doit d’être une aide, un soutien, et non une contrainte. Cet asservissement est en cours. Mais il vaut mieux ne rien dire, à part sur un mur, à part sur une timeline qui enregistrera votre colère. Quelle magnificence que de ne pas aller dans le sens du vent mauvais mais si parfait puisque technologique !

L’homme est, certes, en perpétuel devenir, mais il doit d’abord Être !

Aujourd’hui, il marche à genoux, il ploie sous le poids de son téléphone mobile, il ploie sous le nombre de données à sa disposition. Il cède sous le martèlement d’une non information consommée sans être vraiment pertinente, contextualisée.

Aujourd’hui, L’homme se regarde plus qu’il ne regarde ce qui le fait vivre: l’autre.

Mais il ne le voit pas, il ne peut plus le voir. Il a décidé qu’il serait l’esclave de son propre ego, de son reflet numérique, de l’image digitale qu’il projette… Il a décidé que pour devenir humain, il fallait s’extraire de sa propre humanité.

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