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Publié le 13 janvier, 2015 | par Stéphane Favereaux

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Charlie Hebdo : Écrire la suite

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« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » Hannah Arendt

A celles et ceux qui continuent de se demander où est Charlie, il était partout dans le monde le 11 janvier. Il était partout mais il devrait, il doit maintenant éviter de laisser ce symbole se perdre à nouveau dans les tréfonds de la facilité et de l’ignorance.

A celles et ceux qui se demandent ce qu’il faut faire pour la suite, il convient de dire qu’il faut justement faire le contraire de ce que vous avez peut-être fait jusqu’alors : regarder, de loin, sans agir, écouter sans entendre, revendiquer sans bouger, écrire des statuts sur Facebook sans pour autant les assumer dans la rue.

Le nerf de la guerre de toutes les Révolutions, de tous les mouvements de lutte, c’est l’accès au savoir, à l’information.

poingSavoir, ce n’est pas regarder de temps à autre un fil Twitter. Savoir, ce n’est pas rester passivement le cul sur une chaise dans une école et écouter d’une oreille presque close et d’un œil à peine ouvert puisque l’une et l’autre sont occupés à se bercer des futilités que l’on vous a dit de bouffer jusqu’à la nausée.

Il faut cesser de rabaisser le savoir, la culture, par peur de se sentir inférieur.

Il faut cesser d’avoir peur de lire, ou d’en avoir la flemme. Les livres portent en eux ce qui a fait la Renaissance, la Révolution Française, celle de 1870 dans les rues de Paris quand la Commune fleurissait.

De l’Histoire à l’action 

Dimanche 11 janvier est annoncé journée historique, alors faisons en sorte, ensemble, unis, de ne pas faire de cette journée un Tweet, de ne pas la faire disparaitre en quelques jours.

Si l’Histoire s’est écrite avec une si grande mobilisation de la population française, alors, il va falloir que cette population porte cette vague d’espoir, de lutte, de combat, pour la liberté, pour LES libertés que de trop nombreuses personnes n’ont pas utilisées ces 30 dernières années.

Prendre comme un état de fait que la Liberté est là, c’est déjà commencé à la perdre. La conserver est une lutte de tous les instants parce que ces Libertés doivent vivre : celle de dire, de penser, de voter, d’aimer, de s’exprimer, même quand cela déplaît, surtout quand cela déplaît.

Avoir peur de s’exprimer, j’appelle ça de l’autocensure, l’autocensure est un aveu fait à l’ennemi : il gagne par son poids, par son influence, son audience, vous perdez la Liberté gagnée. La peur de s’exprimer étant, bien sûr, différente de la peur tout court.

Si l’Histoire s’est écrite ce dimanche 11 janvier dans les rues de Paris, partout en France et dans le monde, alors il va falloir ne jamais concéder un pouce de terrain. Pas plus à la classe politique qui récupère ce mouvement, de façon plus ou moins putassière, qu’aux tarés de dieu des 3 grands monothéismes contre lesquels lutte Charlie Hebdo.

La lutte se mène sur tous les fronts, en même temps, en conscience.

Redevenir passif reviendra à signer un blanc-seing à tout ceux qui vont vouloir soumettre, avilir, asservir, tuer, déshumaniser, ou créer des états aux moyens totalitaires en prétendant protéger. On ne protège pas en asservissant, en tuant des libertés individuelles ou collectives mais en regardant au fond du problème en commençant par l’identifier.

Redevenir passif reviendra à déféquer sur les mémoires des 17 morts de cette bien triste semaine.

albert einsteinRedevenir passif et passer à autre chose en espérant que d’autres le feront à votre place, c’est donner à l’autre, celui qui vous fera taire, la possibilité de s’exprimer, d’être entendu, parce que vous allez à nouveau, peut-être, vous taire. Bien sûr, pas aujourd’hui, pas demain, peut-être pas dans une semaine. Mais dans un mois ? Dans un an ?

L’Education contre l’obscurantisme

Éduquer. Le mot est partout. Sauf à l’éducation nationale. Éduquer, plus que jamais, c’est là, l’une des clés. Les fondamentalistes ne veulent pas de cette éducation qui rend un peuple libre. Il ne veulent que des hommes serviles ayant une mémoire et une faculté d’obéissance. Retenir tout ce qui est mis dans le cerveau et obéir. Ce n’est pas cela l’éducation. Le caractère de l’homme ne doit en aucun cas subir ce qu’on lui impose.

Combien d’écoles ont encore la devise républicaine inscrite à leurs frontons ? Parle-t-on encore de cette devise, dans les écoles ? L’éducation civique a vécu !

L’éducation, c ‘est donner des clés de compréhension, de critique, d’analyse, d’ouverture, pour comprendre, avoir un recul critique, apprendre à apprendre, pas à régurgiter comme on le fait trop souvent dans les classes de collège et de lycée.

Apprendre, savoir, critiquer, des notions essentielles pour la Liberté si chèrement revendiquée ces derniers jours.

Maintenant, si on veut que les choses évoluent ou changent, il va falloir identifier, je le disais, le problème, les problème, sociaux, politiques, éducationnels, nationaux, internationaux, que se sont plu à ne pas voir nombre de dirigeants, de peur de ne pouvoir les affronter ou de devoir se prendre face à eux le mur de l’immobilisme confortable des différentes organisations à l’œuvre dans la négociation.

10347612_10152972008469693_5465542179931504243_nC’est de courage social, humain, sociétal, politique dont il est maintenant question. C’est d’une réelle volonté de changement politique dont il est maintenant question.

Prendre des mesures d’exception qui ne seraient que cosmétiques et viseraient à rassurer une population qui en a besoin n’aurait pour effet que de se masquer la réalité d’un combat qui doit être plus profond.

De la politique pour les citoyens

Faire de la politique, ce n’est pas regarder comment rassurer la population dans 15 jours ou un mois, mais comment construire un projet social protégeant vraiment à long terme sans pour autant annihiler les Libertés existantes.

Et, au pire, je rappelle que les hommes ont tendance à se foutre totalement de la politique, parfois de façon justifiée, mais les élus sont portés sur leurs sièges par les citoyens, il ne tient qu’à nous de faire en sorte que leurs sièges ne soient pas trop confortables.

Les hommes ont parfois peur des dirigeants, ce sont les dirigeants qui devraient avoir peur du peuple.

Quand un peuple est debout, aucune classe politique, aucun totalitarisme, aucun fascisme, ne peut le pousser à se mettre à genoux, à se soumettre. Il avance, à la façon de la République, Une et Indivisible.

La population française s’est relevée, qu’elle reste vent debout, qu’elle face front.

Mais faire front, c’est aussi oublier les polémiques stériles, les relais d’infos nauséabondes, éviter de sombrer à nouveau dans un jeu malsain de commentaires faciles, acerbes, de critiques faciles et sans fond.

L’engagement de chacun doit être responsable, pertinent, vrai, sincère, et durer. On peut devenir des camarades de lutte, pour le meilleur et pour le rire.

Il ne suffira pas de Tweeter #JeSuisCharlie ou #JeSuisJuif ou #JeSuisMulsulman ou quoi que ce soit d’autre. Si un mouvement peut naître sur Internet, il peut aussi y crever en un temps record.

Photo Martin Agryroglo

Photo de Martin Agryroglo

Toute la Nation s’est retrouvée avec La Liberté guidant le peuple au Crayon, photo qui tourne partout, vue partout. Une image belle mais figée, symptomatique. On avait eu la même photo lorsque Le Pen était arrivé au second tour des présidentielles. Et cela a-t-il changé quoi que ce soit  ?

Les vociférants ne sont-ils pas rentrés dans le rang des non-agissant ?

L’exaltation liée à l’allégorie de la Place de la République ne doit pas être une fin mais un début. L’institution républicaine se montre, sur cette place, pétrifiée, figée dans le bronze, le marbre.

Mais une population l’a faite vivre, est montée dessus, l’a prise à bras le corps, a fait bloc.  Mais elle se berce de symboles, parfois, cette population, et uniquement de symbole, en surface, tout en sachant que profondément, elle semble ne plus croire en ces symboles.A la classe politique de redonner l’envie de croire mais sous une impulsion citoyenne, pas a grands coups de lois liberticides.

Où sont quelques jours après, les Charlie ? où seront-ils dans quelques mois ?

On veut nous imposer une autorité, un flicage total, un maillage sécuritaire verrouillé, et personne ne s’en émeut ? Cette démocratie que vous avez embrassée il y a quelques jours finit de mourir de sa laide mort et vous restez devant BFM ou Twitter à espérer devenir le Twittos du 21ème siècle ?

Les amalgames honteux pour la Politique (majuscule à dessein, la vraie Politique, celle qui œuvre pour la Cité) commencent, les identitaires sont là pour foncer, les sécuritaires plus encore, les islamophobes se frottent les mains…. Le pire est en train de s’écrire…

Et tout semble aller bien ?

Coluche nous avait laissé, en parlant de mai 68 : « Ce n’était qu’un combat, il fallait continuer le début. »

Si nous ne continuons pas, on écrira : #VousEtiezCharlie.

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À propos de l'auteur

Chef de projet Digital, Social Media Manager, disciple de Bacchus



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