Le Comptoir Digital

Publié le 17 novembre, 2014 | par Stéphane Favereaux

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Dominique Wolton au Comptoir Digital

Vendredi 21 novembre prochain, le Comptoir Digital, sur Radio Campus Paris, s’enrichit de l’œil du sociologue Dominique Wolton pour une plongée au cœur de la sociologie de la communication, des communautés…

Si la question de la révolution des médias ne se pose plus, la révolution liée à Internet reste sujette à interrogations cependant que trop souvent, on voit la chose comme acquise. Les questions se posent en termes d’usages, notamment, tant ils sont variés, variant. Mais on peut aussi interroger ce support de communication dans sa relation entre progrès technique et communication humaine.

Il appert que  l’échange est rendu plus aisé avec Internet. Mais la communication humaine et ses évolutions ne doivent en aucun cas se confondre avec l’appréhension d’un progrès technique et la prise de recul liée à ce progrès.

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Dominique Wolton

Si la technique évolue vite, trop selon un nombre croissant de personnes, comment la communication humaine évolue -t- elle vraiment  ? Comment l’information, de même, évolue-t-elle ? Comment évoluons-nous avec elles ?

Communique-t-on réellement mieux depuis Internet ? Se contente-t-on de communiquer ou d’informer plus vite sans que la plupart des gens soient réellement formés à appréhender à la fois cette diligence de la diffusion de l’information et cette masse d’informations devenue disponible à tout instant de tout endroit ? Quelle prise de recul face à cela ? Quelle formation des différentes populations ? Quel impact cette nouvelle intermédiation a-t-elle sur notre société en mutation ?

Au-delà même, cette révolution du support et de la diffusion impliquent nécessairement la révolution dans la relation… Qu’il s’agisse des relations entre personnes, entre niveaux hiérarchiques, entre classes sociales…

Les structures sociales évoluent de fait inéluctablement, tout comme les liens culturels qui existaient avent Internet. Le web social fait, depuis de nombreuses années, naître un échange constant, un monde d ‘interactions, de sollicitations permanentes pour au final structurer un nouvel espace d’échanges, de nouvelles modalités d’échanges.

On gagne en dynamique, en dynamisme, en facilité ce que l’on perd en stabilité culturelle, intellectuelle, personnelle, relationnelle.

Civilisation de la communication totale ? de l’info totale ?

Entre-t-on pour autant dans une civilisation de la communication totale, sans zone blanche, sans silence réel ?

Cette sur-communication ne se fait-elle pas, pour ce qui concerne la relation à l’autre, à sens unique ?  même si une communication à sens unique se veut une antithèse totale.

Nombre de messages sont en effet émis sans nécessairement penser à une réception, à un récepteur.

DWLes tendances et les mouvements, les nouveaux usages constatés, on peut penser aux selfies, à la surexposition de soi, à la mise en question de soi sur Ask, posent-t-ils un nouveau paradigme relationnel ou Soi, l’Ego, se met en avant dans une volonté propre d’exister cependant que d’aucun peuvent devenir inaudibles face à la masse d’informations diffusées, reçues, proposées.

De plus, des menaces pèsent sur qualité de communication, de l’information, notamment l’individualisme ou le communautarisme… On peut noter une tendance à ne poster que dans un but d’expression ou une volonté d’interaction, tout comme peuvent se renforcer des postures, des avis marqués, dans un contexte de communication uniquement fondé sur l’altérité qui peut inciter par volonté de  réassurance à s’enfermer dans des espaces virtuels.

N’aboutirait-on pas, au final, à défaut d’une réelle maîtrise des usages, à un règne de la non-information, de l’incommunication dirait Dominique Wolton ?

Quid, également, de la sur-consommation d’information sans réelle recherche d’une information qualitative, au fil des timelines ?

Babel et libertés

61jbS9Br0zL._SL1057_Instrument par excellence créateur d’un espace de liberté, d’expression libre, Internet n’est-il pas en train de perdre cette liberté en ceci que les mésusages, les absences de cadres, de lois, laissent totalement libres avec tous les abus potentiels que cela implique ?

N’apparaît-il pas également un risque de s’enfermer par défaut, encore une fois, de maîtrise  des usages de l’information, de la communication, des limites à s’imposer, et ce, jusqu’à ne plus nous permettre de profiter, de vivre cette liberté qu’il aura fallu réguler ?

C’est le cas pour les plus jeunes publics ultra-consommateurs qui vivent l’information, la communication, la consommation sur les mêmes supports, dans le même contexte sans que l’école ou la famille ait pu réellement les former à l’usage, à la prise de recul, à la protection de soi. La confiance intrinsèque des plus jeunes face à  Internet pose également question… Confiance parce qu’ils émettent sans limite et réceptionnent sans recul…

Autre point essentiel pour ce qui concerne notre relation à Internet : le Babel évoqué par Dominique Wolton. Le mythe biblique vit dans cet espace virtuel, la distance à l’autre se raccourcit, les points de contacts deviennent toujours plus nombreux…

Mais au-delà de cette idée, le règne de l’incommunication se met en corrélation avec le règne de l’incompréhension, fut-ce ente locuteurs de la même langue entre lesquels l’échange, la communication se veulent parfois difficiles. La distance entre langage verbal et non-verbal trouve là, potentiellement, une limite. On s’entend sans se comprendre. On est audible sans entendus.

Tout ces points participent de la refonte des paradigmes de la communication, de l’information au coeur de ces nouveaux espaces publics rendus accessibles aisément à tout instant par les usages mobiles.

Internet ne crée pas une société nouvelle ex nihilo, le progrès technologique ne crée pas l’usage ou la préhension de l’objet, mais une société où l’information, l’infobésité,  circulent librement,  mais un espace d’échange complémentaire aux autres médias.

Depuis son développement massif, Internet permet à la parole de s’émanciper, à la démocratie de penser s’émanciper, mais est-ce vraiment le cas, à bon escient ?

Autant de questions, de points, sur lesquels il est nécessaire de revenir, tout comme il convient de revenir sur les évolutions sociologiques liées à Internet.

De fait, et l’occasion de la venue de Dominique Wolton dans Le Comptoir Digital, tout l’équipe de l’émission vous propose de poser, en commentaire de cet article, les questions que vous souhaitez lui poser.

Nous poserons alors tout ou partie de ces questions lors de l’émission qui se tiendra en direct vendredi 21 novembre prochain sur Radio Campus Paris (93.9 FM) de 20h à 21h.

Vous pourrez également interagir avec nous sur Twitter via le Hashtag  #Cdigital pendant le direct.

A vos questions, donc !

Source illustration couverture : http://www.ewenchardronnet.com/semaphore/2013/08/3debord-action-figure-entretien-avec-mckenzie-wark.html

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À propos de l'auteur

Chef de projet Digital, Social Media Manager, disciple de Bacchus



12 Responses to Dominique Wolton au Comptoir Digital

  1. Patrick says:

    Bonjour !

    Intéressant, cet invité !

    Dominique, est-ce que les réseaux sociaux ne deviennent pas, au final, le lieu par excellence où plus personne ne communiquent au vrai sens du termes mais où un grande majorité de personnes se contente de personal branling, de se mettre en avant, bref, de parler dans le simple but d’exister plutôt que d’échanger ?

  2. Un fan du Comptoir says:

    Hey les mecs, vous montez en puissance ! Bien joué après Bordas ou Berville ! ça claque bien !

    Bon, je suis étudiant en socio à Paris, j’ai pu faire pas mal dans ce domaine, mais quelques questions me titillent…

    Dominique, vous êtes totalement absent du Social Media, par choix ? par volonté ?

    La multiplication des outils de communication, des supports multimédia n’a-t-elle pas pour corrolaire un encombrement du sens, une perte totale ou partielle du sens ?

  3. Cyrille says:

    A partir de quel moment peut-on considérer que le progrès ravagera la communication, l’information si tant est que les hommes se moquent totalement du fond, du sens, de la prise de recul nécessaire… on le voit sur les réseaux sociaux… on préfère Minute Buzz à des dossier de fond et les articles dit ‘de fond » ne trouve guère leur public quant Topito et ses classement idiots font florès ?

  4. Angie says:

    Dominique, merci de venir à ce Comptoir !

    Dominique, est-ce qu’on n’accorde pas beaucoup trop d’importance à tous les réseaux sociaux dans la communication face à la réalité des usages des français ? je pense notamment à Twitter et à tous ces hashtags qu’on voit partout quand la très grande majorité des français n’utilisent pas Twitter ? et quelles pourraient être les dérives liées à cette sirestimation de la puissance de Twitter ?

  5. Un mec says:

    pourquoi vous ne faite pas vos émissions dans un vrai bistrot ?

  6. Marc says:

    Monsieur, n’y a-t-il pas une forme de liberté à réinventer sur Internet, au lieu de le réguler avec des lois, tout en sachant qu’il est impossible de censurer internet, sauf à Agir comme la chine ou cuba ou d’autres pays pas vraiment démocratique ?

  7. lana says:

    Dominique, pourquoi persiste-t-on à dire « village global » pour définir internet, pourquoi parle-t-on souvent de Facebook comme le 2e ou 3e pays au monde en rapport avec son nombre d' »habitant » alors que ce sont des abérrations sociologiques, sociétales, sociales ?
    Serait-ce pour rassurer les incultes ou pour se donner une illusion d’unité qui n’existe visiblement pas ?

  8. Odi says:

    Truc qui me gave: qu on confonde le progrès technique et le progrès humain, comme si le progrès tech allait faire progresser la société ou l’humanité ! Alors, pourquoi est-ce qu’on se rassure en confondant l’outil et ce qu’il permet de faire, par exemple transmettre du savoir ?

  9. REMI TEMPLEUR says:

    Bonjour,

    Cette banalisation de l’information, d’un autre coté, nous permet aussi d’avoir d’autres points de vues sur les réalités. Certes il a fait exploser des gens comme Soral grâce à Youtube. Il a réussi à faire croire que Valeurs Actuelles ou TF1 news était des vrais journaux grâce au placement habile dans google news. Il a réussi a nous faire avaler des opinions comme s’il en pleuvait.

    La question :

    Mais finalement, n’a-t-on pas ce qu’on mérite ? Le problème de l’influencabilité de 99% des personnes sur internet (et je me compte dedans) par rapport au flot de foutaises écrites ne dégage-t’il pas juste qu’on commence à perdre tout esprit critique. Ce n’est pas juste un problème d’éducation (si on est cartésien) ou de structure (si on est spinoziste)?

    Je vous épargne la thèse marxiste à ce sujet, je suis sympa.

    Parce que ça me fait mal ! Y a de tels bons trucs sur la toile, mais il faut chercher. Et l’argumentaire « si tu cherches bien tu trouveras toujours  » m’énerve », car c’est le même qu’on me ressassait à Orléans quand je me plaignais de pas trouver un bar ouvert après 23h ! Ça ne coule pas de source. Le populaire prend le pas sur le pertinent. J’ai l’impression de me trouver devant la télé. Entre Norman et Lordon, il y a quand même un écart.

    On avait internet à la maison depuis 1996. J’ai pu voir les évolutions se faire petit à petit, la technologie a juste fait gagner du temps aux gens. Mais aujourd’hui, facebook ne me fait plus ni chaud ni froid, juste une liste de contacts pour chatter avec, ou un stockage de photos pour d’autres. Je suis las.
    Et puis merde quoi, j’en suis à follow des avocats sur twitter…

    Désolé pour ce com somme toute plein de banalités, mais il fallait que ça sorte.

    Bisous. (oui, je finis toujours par « bisous »)

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