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Publié le 31 octobre, 2014 | par Stéphane Favereaux

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Sade à Orsay… une posture érogène ?

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Depuis le procès intenté du 15 décembre au 12 mars 1958 par le Ministère public à Jean-Jacques Pauvert concernant la publication de certaines œuvres de Sade, depuis que la légende fit de lui un auteur nécessairement sulfureux et infréquentable, depuis que « l’Enfer est sur Papier Bible » pour reprendre le slogan de Gallimard lors de l’entrée de Sade dans La Pléiade, Donatien Alphonse François, marquis de Sade a perdu de sa substance scandaleuse…. mais il semble falloir le maintenir sous des auspices nécessairement parées de stupre…

Alors, dans le contexte de communication de l’exposition « Sade, Attaquer le soleil » au musée d’Orsay, pourquoi fonder une part de cette communication sur une vidéo lascive, prétendue érogène, si ce n’est pour générer une viralisation facile se positionnant à des années-lumière de ce qu’est intrinsèquement l’œuvre du Marquis de Sade, un tantinet plus profonde que cette représentation esthétisante de corps sensuellement entrelacés ?

Premier lien du public avec cette expo, cette vidéo dessert dans l’absolu Sade.

http://www.dailymotion.com/video/x27g1c4

Pourquoi faut-il impérativement que la moindre occasion de mettre en avant Sade s’assortisse de la pseudo-nécessité intellectuelle d’outrer les bien-pensants, de choquer avec une facilité déconcertante dans un contexte où le moindre sein dépassant d’un corsage fait hurler à grands cris outragés les défenseurs de telle ou telle idéologie ?

Pourquoi faut-il dans l’absolu jeter du soufre sur un feu qui décidément risque de jamais s’éteindre, ce feu grandement entretenu du bûcher sur lequel les censeurs, les édits, les lettres de cachets, les pouvoirs, ont posé Sade et ses romans ?

Pourquoi une institution culturelle, vecteur entre autres de savoir, légitime-t-elle le fait de continuer à trainer dans les chairs lascives une œuvre sadienne qui détruit essentiellement le corps et n’en fait qu’un ensemble d’organes connectables ou un corps simplement jouissant et pensant ?

manuscrit-retrouve-des-120-journees-de-sodome-du-marquis-de-sade_4872037

Le Manuscrit des 120 journées de Sodome

Oui, c’est de la comm’

Evidemment, il faut communiquer. Evidemment, il faut attirer le public. Evidemment, il faut faire en sorte qu’on en parle, de cette expo. Evidemment, dans le sens profond de l’expression bullshit, il faut « faire le buzz »… Bien. Ceci étant dit, qu’en reste-t-il ?

Je ne pose pas ici cette réflexion sur le contenu de l’expo que je n’ai pas encore vue (ça ne va pas tarder) mais sur la communication mise en œuvre pour y attirer un public que l’on suppose facilement drapé de vertu et délicatement apprêté de scandales.

Cette vidéo, ce clip, ce support de communication se complaît dans une esthétique qui n’est pas celle de Sade, dans un rapport au corps, à l’écriture du corps qui est étranger à Sade, à son œuvre, s’entend. Elle accumule des clichés malencontreux, et se permet de résumer l’œuvre de cet auteur à un pseudo-éloge de la luxure…. Si tant est qu’on lise Sade (c’est en vente libre, essayez ! ), on s’aperçoit très vite qu’il n’est en aucun cas un auteur érotique…. encore moins érogène.

Mais visiblement, le shockvertising, qui « n’abuse que les sots » aurait dit Sade, fait toujours vendre même quand il existe hors-contexte en frôlant le hors-sujet.

Dire et médire, informer et communiquer

Le corps, chez Sade,  n’a aucune valeur esthétique, en tout cas au sens où ce support vidéo le suppose, mais une beauté ou une laideur  simplement utilitariste visant à éveiller les instincts libertins, eux-mêmes prétextes à la dissertation philosophique matérialiste, athéiste, anti-théiste, pour faire simple.

Sade-attaquer-le-Soleil_afficheNe voir dans l’oeuvre de Sade que le côté Eros voire porno, c’est éluder (à dessein presque quand on visionne le film en question) une très large part de son contenu. Ce n’est pas un parti-pris créatif, c’est une erreur d’appréciation, un positionnement erroné…

Un corps, pour Sade n’est le plus souvent qu’un « objet de luxure » (dixit Sade lui-même), un ensemble d’organes qui se connecte, donc, à un ou plusieurs autres ensembles d’organes. Il est dénué de prénom, de cette existence sociale identitaire, si l’on regarde du côté des victimes des bourreaux dans les 120 journées. Il n’est qu’un système crée par la Nature inscrit dans une écriture du corps ne lui reconnaissant rien, surtout pas la présence d’une âme d’origine divine… Le corps, dans La Nouvelle Justine, dans L’Histoire de Juliette ou encore Les 120 journées de Sodome est le plus souvent détruit, malmené, torturé, découpé, positionné sur une machine, pour justifier ou permettre de démontrer la philosophie des héros sadiens, pour ressentir un plaisir tel le conçoivent les héros sadiens.

Le corps n’est jamais, absolument jamais valorisé, si ce n’est qu’en ce qu’il peut devenir une excroissance organique amenant au Mal, à la jouissance blasphématoire, à la jouissance physique, à la réflexion matérialiste, philosophie, au déchaînement des sens.

Cette esthétique de la vidéo se pose donc comme une posture discursive maladroite, un simple prétexte de communication parfaitement antithétique à l’œuvre de Sade, elle est une simple proposition créative donnant des corps une lecture en opposition systémique avec le roman sadien des 120 journées, de Justine, de Juliette, ou d’autres textes encore.

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Sade, par Man Ray

Cette vidéo trompe allègrement sur ce qu’est l’œuvre de Sade, sa position philosophique, ses héros, et j’en passe. On pourrait parler de dissonance cognitive … Sade est certes sulfureux mais il l’est plus par les idées qu’il met en avant que par les longues scènes pornographiques, tellement extrêmes que l’aspect sexuel se déréalise et perd de sa substance, de son sens.

Ce qui représente le mieux Sade, ce n’est pas un enchevêtrement de corps, c’est une pensée enfermée par des lettres de cachets, c’est une philosophie politique (A lire : Français, encore un effort si vous voulez être républicains), c’est le portrait de Man Ray, c’est une explosion libidinale destructrice génératrice d’idées, de discours, une explosion immatérielle liée à sa claustration durant près de 30 ans…

Toutefois, en cas d’incompréhension potentielle et dans un dernier effort de réassurance, le musée d’Orsay affirme sur son site :

« Le caractère violent de certaines œuvres et certains documents est susceptible de heurter la sensibilité des visiteurs. »

 Il faut prévenir, il faut informer par une façade posturale que le risque est pris dès lors que le seuil est franchi, dès lors que l’on se pose en personne osant affronter l’innommable Sade, l’infréquentable Marquis, ses œuvres nécessairement scandaleuses puisqu’ayant permis de fonder un terme et un pratique : le sadisme.

Sade ne se fréquente visiblement encore qu’entre initiés, entre gens du cénacle… Exposer Sade peut choquer, peut outrer… Oui, à l’évidence. Quand on n’est pas sensibilisé à ce qu’est Sade, il vaut mieux prévenir que guérir. Mais alors, pourquoi ne pas le faire avec une vraie honnêteté intellectuelle et sans faux-semblants pervertissant un auteur, une œuvre qui, une fois encore, n’en a pas besoin. L’histoire, les époques, ses fils et la censure à travers les siècles lui ont fait assez de mal sans qu’il soit nécessaire d’en ajouter une couche si malencontreuse.

« Suivant l’analyse d’Annie Le Brun, spécialiste de Sade et commissaire invitée, l’exposition met en lumière la révolution de la représentation ouverte par les textes de l’écrivain. Seront abordés les thèmes de la férocité et de la singularité du désir, de l’écart, de l’extrême, du bizarre et du monstrueux, du désir comme principe d’excès et de recomposition imaginaire du monde, à travers des œuvres de Goya, Géricault, Ingres, Rops, Rodin, Picasso… » affirme le site du Musée d’Orsay.

La communication, malheureusement, en est loin !

Sade. Attaquer le soleil, Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, Paris 7e

Tous les jours sauf lundi, 9h30-18h, le jeudi jusqu’à 21h45
Tarifs : 11€ / 8,50€
Du 14 octobre au 25 janvier 2015

 

Sources illustrations :

Affiche Sade: http://bicentenaire.marquis-de-sade.com/sade-attaquer-le-soleil/

Manuscrit des 120 journées de Sodome : http://www.lexpress.fr/culture/art/aristophil-au-coeur-de-l-histoire-des-lettres-et-manuscrits_1506854.html

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À propos de l'auteur

Chef de projet Digital, Social Media Manager, disciple de Bacchus



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