Évolution Digitale

Publié le 31 juillet, 2014 | par Serge-Henri Saint-Michel

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TF1, groupe en béton ; LCI, stratégie en bois

LCI, retoqué par le CSA, crie à l’incompétence du régulateur de l’audiovisuel qui mettrait en danger l’activité économique de l’entreprise. Info ou intox ?

Pour cette offensive anti-CSA, les ténors de LCI (et du Groupe TF1) se livrent à un bashing en règle du régulateur avec, en cogneurs, Nonce Paolini, un peu en esquive depuis cette décision, et Jean-Pierre Pernaut, le co-fondateur de LCI il y a vingt ans. Ainsi que quelques autres porteurs de flingues.

LCI1

Dans cette agit’ prop libérale, LCI a déterminé un champ lexical et des thématiques étroits pour shooter le CSA : licenciements possibles (mais qui a pris la décision d’aller au gratuit ou de mourir si ce n’est LCI ?), irresponsabilité, manque de légitimité, erreur de jugement, études contradictoires (poussées par TF1 ?) qui montreraient qu’il existe un potentiel publicitaire sur ce marché… Le tout rehaussé d’une théorie du complot (un journaliste spécialisé dans les médias aurait annoncé quelques jours plus tôt la décision du CSA et « comme par hasard » – à croire que ces boxeurs ont lu Gérald Bronner– Pigasse et Niel se verraient bien racheter LCI, appartement cassé par le CSA).

La théorie des arrières mondes chère à Nathalie Heinich revient !

Mais, messieurs les bétonneurs de l’info, vous commettez  erreur de ciblage : nous ne sommes pas des « avares cognitifs »…

Le CSA refuse logiquement la gratuité à LCI

Le régulateur de l’audiovisuel n’a pas voulu bouleverser un marché publicitaire des chaines d’informations gratuites à l’équilibre fragile et pour ne nombreuses autres raisons précisément expliquées sur le site du CSA.

L’équilibre publicitaire n’est pas une nouvelle question. Les Echos (31/03/2005) avaient anticipé : « Le marché publicitaire télévisuel sera-t-il suffisant pour faire vivre une vingtaine de chaînes gratuites ? La multiplication des chaînes gratuites ne va-t-elle pas détourner les Français des offres payantes ? ». La même année, A Suivre s’interrogeait : « On peut difficilement voir comment LCI va générer des abonnements sur la TNT alors que I Télé et BFM TV sont en clair ».

Rappelons perfidement qu’en 2005 toujours, TF1 avait choisi de positionner LCI comme chaine payante, contre l’opinion du CSA : « La candidature d’I>télé à un canal en clair avait de quoi séduire le CSA qui avait laissé entendre par la voix de son président Dominique Baudis qu’il verrait bien une chaîne info diffuser en numérique terrestre gratuit. I>télé a quand à elle tout, ou presque, à y gagner, tant son retard de notoriété sur sa concurrente, LCI, est grand. Le groupe TF1, opérateur de LCI, qui a été retenu pour une diffusion cryptée, avait fait savoir que dans le cas d’une diffusion en clair d’iTELE, il demanderait une modification de sa convention afin d’également proposer LCI en clair. » Deux lustres plus tard, on constate l’obscure erreur stratégique…

LCI

La mémoire courte de LCI et TF1

Il est probable que le CSA ait la mémoire longue, plus longue que LCI, disponible sur la TNT depuis le 21 novembre 2005, aux visions opportunistes (d’aucuns pourront dire « normal, la stratégie d’une entreprise doit évoluer au gré de son environnement ». Le rôle de l’État dans la régulation des marchés est un vrai troll).

Rappelons-nous (cf. document du Sénat) qu’à son lancement, la TNT avait « un objectif principal : élargir le paysage audiovisuel français en proposant au téléspectateur trois fois plus de chaînes en clair ». La Chambre relève de plus : « Il a donc une conséquence inéluctable : faire baisser l’audience et les recettes publicitaires des chaînes historiques, et notamment des deux chaînes privées qui se partagent aujourd’hui près de 75 % des ressources commerciales du secteur. » Rien de nouveau sous le soleil de Boulogne, donc. Et les héritiers des survivants du séisme de 1969 de poursuivre : « Il est par conséquent logique que TF1 et M6 s’opposent, par tous les moyens possibles, au lancement de la TNT, n’hésitant pas, à l’occasion, à participer néanmoins au lancement du support tant décrié dans d’autres pays européens à la position de « nouvel entrant » permet d’envisager le développement de nouvelles activités. Cette opposition a pris la forme de manœuvres dilatoires quant au réaménagement des fréquences hertziennes (…) ». En clair, depuis 2005, le groupe TF1 a cherché a phagocyter le développement de la TNT, par des manœuvres border line.

Ainsi, dans l’esprit du groupe Bouygues, il existe de bons régulateurs : l’ARCEP lorsqu’elle aurait pu lui ouvrir les portes du rachat de SFR et les contacts avec les Ministres influents, et des mauvais, comme le CSA, contre lequel il lutte depuis 10 ans. En oubliant qu’en 2010, ce dernier l’a autorisé à racheter TMC et NT1, lui permettant de bétonner son empire publicitaire.

Le marché de la télévision est décidément un monde binaire emmené par un groupe à la taille éléphantesque et à la cervelle de moineau.

Serge-Henri Saint-Michel

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Marketing & planning stratégique. Fondateur de Marketing PME, éditeur de Marketing Professionnel. Enseignant à Paris IV Celsa et Paris V Descartes.

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