Points de Vue rumors

Publié le 30 janvier, 2014 | par Stéphane Favereaux

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Quand la croyance devient de l’information !

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Une étude vaguement menée par deux étudiants de Princeton prédit la fin de Facebook en 2017, à tout le moins la perte de 80 % de ces membres. Cette étude, on le sait, est essentiellement infondée, omettant nombre de données, notamment mobiles, mais elle fut reprise en chœur par la presse assemblée, rédigeant les oraisons funèbres du colosse, quelques supports, sites, critiquant, heureusement, le propos de ces étudiants. Facebook répondit de façon d’ailleurs charmante.

Mais la rumeur enfle…Facebook va décéder… et tout le monde s’émeut, commente, disserte, analyse le rien, exulte autour du cercueil vide, danse un coupé-décalé en regardant les derniers soubresauts de l’hydre de Zuckerberg… Mais quid de ce mouvement s’étayant sur une étude bidon ?

Et ce simple exemple de Facebook est loin d’être le seul…

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Comment les marques sans experts internalisés, comment les marques mal conseillées peuvent-elles réagir face à ces assauts de crédulité ou à ces besoins de générer du trafic sur les sites relayant l’information ? Comment une info de ce type peut-elle être reçue ? Comprise ? Admise ? Perçue comme vraie ?

Comment peut-on se retrouver sur les supports d’infos réputés sérieux avec ce type de contenus ? Comment peut-on se retrouver dans des JT avec des relais de ce genre d’infos bullshit à grand renforts d’interventions d’experts du Média Social et de la chose facebookienne  ?

Croire ou savoir ?

Sapere aude !!! Cette expression risque de souvent revenir sur ce blog. Vérifier les infos, les recouper, les revérifier, les analyser, prendre de la hauteur, du recul, les deux en même temps, pourrait permettre d’oublier que nous sommes partis sur une pente savonneuse et dangereuse d’un Internet, d’un Social Media se remplissant de vide, d’articles qu’il a fallu pondre dans l’instant pour surfer sur la vague de l’actu, même s’il n’y en a pas.

Par amour, il rejoint un ami sur Facebook et passe une journée sans poster la moindre info bullshit.

Aucun sponsor derrière cette opération démentielle.

A partir de quel moment une info infondé, un hoax, devient une rumeur  crédible ? A partir de quel moment la rumeur devient-elle une information ? A quel degré de crédulité une population doit-elle se porter pour ainsi ne pas vouloir / savoir / pouvoir vérifier l’info qu’on lui donne à bouffer ?

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A partir de quel moment  les enjeux de pouvoir par le clic, le p’tit compteur qui n’en finit plus d’augmenter en termes de partages social média, ont-ils fini de mettre une balle dans la tête de l’information moribonde ?

Jusqu’à quel degré de croyance faudra-t-il aller pour que nous n’ayons plus à nous mettre sous la dent que de la rumeur, du non probant, de l’inexistant, du hoax, au final du vide que l’on appellera info ?… Pour mémoire, le plus parfait des hoax au monde s’appelle Dieu, quelle que soit la religion… et ça fait un paquet de siècles que cela dure.

Le monde des Internets montre pourtant souvent de la pertinence, de la réflexion, et sait détecter le bullshit… Alors pourquoi sans cesse faut-il qu’il continue à en faire son fond de clic, de commerce ? Fric et « pouvoir » ? Le système engendré par le mass-sharing finira tôt ou tard par s’auto-détruire, mettant ainsi à terre la poule aux œufs d’or des content farms, des vidangeurs d’égouts produisant de « l’information », du divertissement pour ménagère… mais le fric engendré par la pub sur ces sites est plus fort que la raison. Pourtant ces sites sont visibles, influents, disent certains.

Les Internets peuvent être le lieu d’expression d’une culture réelle, d’une information pertinente. Fort heureusement, elle est encore présente mais trop peu visible, donc trop peu relayée pour avoir la résonance qu’elle mérite d’avoir.

Je crois donc je sais

Descartes se retourne dans ce qui reste de sa tombe….  Les outils digitaux qui nous sont proposés, donnés, que nous utilisons, sont à notre disposition pour en faire ce que bon nous semble…. N’oublions jamais que nous décidons de ce que nous en faisons. Rien ne nous contraint  à dispenser du vide parce que Facebook en déverse toute la journée.

Sortir de l’état de crédulité, de croyance, sortir d’un état de fait qui fait que ce qui est lu est vrai, serait un premier grand pas. L’évangile selon Saint-Influenceur n’a pas plus de crédibilité que tout autre site à buzz et top ! La seule donnée qui importe : la véracité de l’information dispensée.

Les moyens de vérification de l’info sont sous notre nez, à portée de clavier, de téléphone, de clic, de contact….

Si les Internets devenaient chapelle et religion, à coup sûr elle mettrait à bas les grands monothéismes tant on y croise des gens colportant des rumeurs comme étant des vérités, tant y voit des articles qui se copient collent en un geste de partage eucharistique pour donner aux fans et aux followers une pitance suffisante et crédible… la crédulité fait le reste.

Je crois donc je sais. Ce que je sais est une certitude puisque je l’ai lu. Ce que je sais est vrai puisque je ne peux pas accepter qu’on se soit à ce point fichu de moi. Si on se fiche de moi, je passe pour un idiot… alors, je sais. Et puisque la majorité des sites, des internautes le dit, alors, ça me renforce sur mes positions. Attention, danger.

Croire, ce n’est pas savoir. Faute de quoi, les écoles ne seraient pas des écoles mais des églises ou des temples, et on se contenterait de lire des livres « révélés ». Il n’y en a que 3 ou 4. C’est peu, ça tombe bien. Il faut apprendre à savoir, non apprendre à croire. La prise de recul s’avère donc nécessaire.

Si les médias sociaux occupent effectivement une place centrale dans la diffusion de l’information, l’accentuation du bruit qu’ils génèrent n’est pas moins une réalité. La diffusion virale, l’hyper rapidité a pour conséquence de ne plus donner le temps… C’est ce que l’on pense, croit, dit. Pourtant, qui nous empêche de le prendre ce temps quand il s’agit d’information ? On vit dans un monde d’immédiateté sans réel droit à l’erreur… avec une perception modifiée de la res publica, de l’info, de la politique, de la société, de l’information…  Mais cette absence de droit à l’erreur, cette immédiateté,  n’est que comportementale, elle n’est pas un absolu face auquel on ne peut rien faire. Alors, justement, que faire ?

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À propos de l'auteur



5 Responses to Quand la croyance devient de l’information !

  1. Cyroul says:

    A moitié vrai.
    Certes, beaucoup de médias (souvent ceux qui ne comprennent rien à Internet, qu’ils soient dessus ou pas), vont prendre une pseudo information et la transformer en vraie nouvelle. Cela va de la mort de Twitter (une couverture de Stratégies en 2008 je crois me souvenir) à la (fausse) mort de Jamy Gourmaud.

    Mais les médias les plus malins (ou les blogueurs avertis) quand ils prédisent une évènement digital, ils ne s’appuient pas sur UNE seule information détenue par deux vagues étudiants qui veulent passer leur thèse, mais plutôt sur DES faisceaux d’indice qui à un moment, donnent une image mentale de la réussite ou de l’échec d’un service, d’une tendance, etc.
    Par exemple pour Facebook, tu ajoutes à la vague étude des étudiants cet article que j’ai pondu il y a 2 ans : http://www.cyroul.com/reseaux-sociaux/des-chiffres-pour-les-facebook-couillons-f-couillons/ et tu y ajoutes également les chiffres de fréquentation en hausse des autres plateformes à la mode et ton idée est faite.

    Et pourquoi critiquer cette idée de la mort de tel ou tel site ? Elle est aussi valable que la valorisation financière de tel ou tel site !

    Alors Stéphane, en remettant en cause la création d’une image mentale de la réussite ou pas d’un site ou d’un service, c’est carrément tout le système boursier que tu remets en cause.

    Communiste !

    • Mais quel flatteur ce Cyril ;)

      Critiquer la mort d’un site ou d’un autre, peu me chaut, ce n’est pas mon propos mon grand ! ce n’est qu’un exemple.
      L’image mentale forgée par la propagation de la rumeur peut aussi se créer, se modifier dans l’esprit du grand public qui justement ne source pas l’info parce qu’il ne le peut pas, le veut pas ou n’a pas cette culture. Quelles en seraient les conséquences ? sur un site tel que Facebook, assez importantes, du moins, on peut le penser…. Mais sur tout autre sujet d’actu ? Les exemples dans l’actu, dans l’histoire sont assez nombreux, ce me semble… ou dans une vie privée, à une moindre échelle… Ainsi, une rumeur traîne que tu pourrais très vite revenir dans le Comptoir Digital ;)

      Les blogueurs avertis, heureusement, font bien leur boulot…. mais sont-il au final les plus lus, écoutés ?

      • Cyroul says:

        Et ben voilà, je te traite de communiste et tu me traites d’averti. ?! ^^

        Plus sérieusement. Ce que tu dis se résume à : « on prend les gens pour des cons, et certains le sont. »
        Ce qui est vrai….
        Mais n’a rien à voir avec le digital.

        C’était vrai avec la TV, la radio, le magazine Elle et le nouveau détective du dimanche. Et c’est encore vrai dans les populations qui lisent peu (en dehors des livres sacrés, la bible, mein kampf, quenellemag, etc.) et qui se mélangent peu.
        Aussi, ce sera toujours extrêmement simple de manipuler l’opinion de ces groupes sociaux qui se reproduisent ensemble : les vieux alsaciens pour les faire voter lepen, les jeunes versaillais pour les faire voter boutin, les banlieusards abrutis pour les faire votre dieudonné.

        La seule façon de lutter contre la manipulation, sera la culture, l’éducation et l’obligation de se mélanger avec ses contemporains.

        Pas gagné.

  2. « Sapere aude !!! »

    Ces deux mots, que je ne connaissais pas, m’ont beaucoup plu dans l’article précédent mais c’est plus de l’idéalisme qu’autre chose. Je les remplacerai volontiers par « errare aude !!! » que l’on pourrait traduire par « Ose faire des erreurs !!! » qui me parait plus accessible et qui dans le fond revient au même.

    « Le philosophe sait qu’il ne sait pas » , c’est sur cette phrase inscrite à la craie sur le tableau noir qu’ont démarré mes premiers cours de philo en terminal littéraire. Le problème de cette phrase est qu’elle est tout à fait juste : plus on cherche plus on a conscience de nos manques et moins il devient facile d’affirmer quelque chose avec conviction. La réciproque – dans laquelle on se trouve massivement – fonctionne aussi, moins on cherche plus il est facile d’être convaincu. Pire, il est toujours plus facile de prouver qu’on a raison quand on a tort.

    Le problème du « Ose savoir » est qu’il nous mène vers un état de pensée ou on arrête de chercher parce que précisément on croit savoir – personne ne peut savoir qu’il sait, au mieux il le croit -. Comme dirait Condorcet « Les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent et non ceux qui se vantent de l’avoir trouvée. »

    Je n’ai pas l’impression que les gens – sur les réseaux sociaux ou non – n’osent pas savoir ; j’ai surtout l’impression qu’ils n’osent pas admettre qu’ils ne savent pas, et c’est justement parce qu’il ne l’envisagent pas qu’ils se trompent et qu’ils ne cherchent plus.

    « Le monde des Internets montre pourtant souvent de la pertinence, de la réflexion, et sait détecter le bullshit… Alors pourquoi sans cesse faut-il qu’il continue à en faire son fond de clic, de commerce ?  »

    La raison me paraît assez simple – mais je peux me tromper, je m’en donne le droit -. A quelque époque que ce soit, les gens qui ont profondément changé et marqué le monde ne représentent qu’une infime minorité des acteurs. C’était valable il y a 2000 ans et ça reste valable aujourd’hui, mais puisque aujourd’hui la majorité savent lire et écrire, c’est tout naturellement qu’on trouve une majorité d’écrits inconscients pour une poignée de conscients.
    La bonne nouvelle est que malgré cette proportion digne de David & Goliath le monde n’en finit pas de changer, et Tout reste possible. Une autre bonne nouvelle est que Tout fonctionne sur le même modèle dans le vivant, l’évolution ne s’oppose pas au gâchis, l’un est la continuité de l’autre, ils vont ensemble.

    « Rien ne nous contraint à dispenser du vide parce que Facebook en déverse toute la journée. »

    J’ai l’impression qu’au contraire, il y a un jeu de contraintes implicite qui nous pousse à le faire. Le besoin d’appartenance à un groupe quel qu’il soit et le besoin de reconnaissance qui en découle en font partie, les expériences de Asch sur le conformisme , celle de Milgram sur la soumission à l’autorité, ou encore la dissonance cognitive de Festinger tendent à nous montrer que ce qu’on appelle « libre arbitre » n’est peut être qu’une vue de l’esprit. (Cela se précise bien davantage si l’on écoute les physicien discuter sur la réalité ou non du Temps, mais je ne m’aventurerais pas dans ce sujet).

    On réagi pour et en fonction de l’autre. On est jamais coupé du système dans lequel on fait parti et donc oui on est contraint de toutes parts par ce qui nous entoure. Tout n’est que mimétisme et déclinaison, on est donc contraint au moins par l’existant, et il n’est pas possible (ni pertinent d’ailleurs, à mon sens, mais ça se discute) d’en faire abstraction.

    « Les moyens de vérification de l’info sont sous notre nez, à portée de clavier, de téléphone, de clic, de contact…. »

    Vraiment ? Et comment s’y prendre pour discener le vrai du faux alors qu’il y aura bientot autant de pages web que de goutte d’eau dans l’océan ? Comment s’y prendre alors que la stratégie privilégiée pour « créer du vrai » consiste à inonder les moteurs de recherches des informations qu’on souhaitent diffuser en faisant descendre les « autres réponse » les plus loin possible dans les résultats de google.

    Le gros problème – pour moi – est justement cette illusion de savoir-sans-effort, illusion de véracité.
    La seule chose vraie est que rien ne l’est jamais et que tout peut toujours être remis en question.
    Mince alors, ça ne va pas faciliter ma recherche google ça !

    « Pour mémoire, le plus parfait des hoax au monde s’appelle Dieu, quelle que soit la religion… et ça fait un paquet de siècles que cela dure. »

    Quelles sont tes sources ?
    Provenant d’un article qui revendique le fait de réfléchir par soi même, je m’étonne de trouver ce genre d’affirmation qui ne repose sur rien de tangible… Si je m’attarde un peu sur l’horizon des gens qui ont changé le monde, j’en trouve bien peu des athées ; comme si le fait de croire en quelque chose qui nous dépasse permettait ce dépassement – . Aussi il me parait pertinent de se demander s’il est plus intéressant de croire ou de ne pas croire, mais c’est un autre débat :)

    « Alors, justement, que faire ? »

    Dans la mesure ou chaque grand mouvement est né d’une impulsion qui a ensuite été mimé à qui mieux mieux par une horde de suiveurs. Je me dis qu’il suffit de continuer à être un penseur afin de stimuler les suiveurs. Puisqu’on est hautement influencé par ce qui fait partie de notre environnement direct, l’inverse est également vrai, on influence hautement ce qui est autours de nous, et puisque personne n’a exactement le même environnement direct du fait que personne ne se trouve géographiquement à la même place, les idées se diffuseront d’elles même.
    Faut pas être pressé quoi ! Mais il ne faut pas oublier que tout compte et que nous avons tous une responsabilité dans ce qui nous entoure, et donc il ne faut pas lâcher l’affaire !

    Bonne suite !

  3. thomas le coz says:

    Un troisième commentaire sur cet article ?
    L’espace d’un instant j’ai pensé que tu avais finalement validé le mien, mais non, déception.

    « Descartes se retourne dans ce qui reste de sa tombe…. Les outils digitaux qui nous sont proposés, donnés, que nous utilisons, sont à notre disposition pour en faire ce que bon nous semble…. »

    Effectivement, Descartes se retourne dans sa tombe. Pour exister, penser ne suffit plus. Il faut penser « juste » sous peine d’être privé d’existence par un modérateur omniscient. Vive le web participatif ! Youpi !

    « prendre de la hauteur, du recul, les deux en même temps, pourrait permettre d’oublier que nous sommes partis sur une pente savonneuse et dangereuse d’un Internet, d’un Social Media se remplissant de vide, d’articles qu’il a fallu pondre dans l’instant pour surfer sur la vague de l’actu, même s’il n’y en a pas »

    En effet !

    « Sapere aude !!! »

    Je commence à croire qu’on ne comprend pas cette phrase de la même manière.
    Osez savoir, pour moi, c’est avant tout oser penser par soi même, ne pas avoir peur d’affirmer ses idées ni d’aller à contre-courant.

    Tu peux trouver mon commentaire ridicule ou hors sujet mais si j’ai envie de me ridiculiser sans utiliser de pseudo, finalement ça me regarde non ? Il me semblait que ca allait exactement dans le sens du « Sapere aude !!! » en fait, mais visiblement pas.

    « Alors, justement, que faire ? »

    Censurer les commentaires qui nous font chier ?
    Ah mince c’est déjà ce que tout le monde fait et cela sert l’intérêt général, c’est bien connu.
    Bravo pour tant de courage !

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