Social Média rs3

Publié le 3 septembre, 2012 | par Stéphane Favereaux

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Les réseaux sociaux sont-ils finis ?

Derrière ce titre un tantinet «buzz-word »,  je vais me poser en mode « point de vue », comme souvent je le fais sur ce blog… et non en article d’actu chaude… De ci, de là, on annonce la fin de Pinterest, le début de la fin de Facebook, un écroulement de Twitter suite à ses récentes décisions concernant son API, la fin de Google … mais quid des mutations sociales engendrées par ces réseaux ?

Et quid de ces réseaux qui aujourd’hui structurent le web comme jamais auparavant ? Certes, il existait un Web avant les réseaux et il en existera un après les réseaux sociaux… mais la déportalisation, la mobilité, les nouveaux usages du e-commerce (ou du m- et du f-commerce), ainsi que nombre d’autres données, ne semblent pas sonner pour demain le glas de nos si chers Facebook ou Twitter pour ne citer que les plus fréquentés.

On vit au cœur d’une société de flux incessants d’infos, de likes, de reconnaissance, d’ego, de volonté d’exister, de quart d’heure warholiens  à tous accordés,  de redistribution des cartes du pouvoir, de l’influence…

On vit au cœur d’un écosystème 2.0 en totale redéfinition depuis ces dernières années. La société prototypique pyramidale décline tandis que survient une société Internet de liens en construction plus horizontaux que verticaux. Et là, les réseaux apparaissent essentiels, voire structurants.

Si l’on considère cette nouvelle tendance dans les rapports humains, mais aussi dans les rapports aux entreprises, à la marque, à la consommation, gageons que les réseaux (sous leur forme actuelle ou une autre à définir à l’avenir) ont encore de belles années devant eux.

La grande question : quelle en sera la forme et quels usages en aurons-nous ?

O tempora, 0 mores

Alors il va de soi que dans ces échanges constants, dans ces hyper-connexions qui se sont imposées à nous avec un naturel déconcertant, la vie privée peut être notoirement, durablement, atteinte. A tout le moins peut-elle ne plus être totalement privée. Faudra-t-il à terme payer pour la préserver ? Il faut le craindre.

Nos vies privées, exploitées en data au service des marques, des entreprises, des états, dans les pires des cas, ne s’arrêtent jamais. Nous avons toujours une actualité, une petite chose anodine à partager, à offrir en pâture aux réseaux, à nos contacts, amis, autres, et plus si affinités. Et les marques accélèrent elles aussi le mouvement pour ne pas rater le coche…

Nous ne sommes plus, à tort à ou raison, sur un modèle social ou le bistrot était le lieu de socialisation. Nous n’allons plus chez le coiffeur pour les derniers ragots de la presse people. Nous n’allons plus au marché le dimanche matin pour les derniers bruits entendus dans le quartier colportés par M’ame Michu… Les réseaux, nos réseaux, nous livrent tout à flux tendus.

Ici, pas de rétention d’information. Nous vivons dans un étalage consentant de nos vies personnelles, professionnelles, privées, voire intimes. Nous donnons, étalons au grand jour ce que nous sommes intrinsèquement.

Une rencontre, un entretien : on ne découvre plus totalement. La spontanéité se réduit comme peau de chagrin. On checke, on épie, on évalue, on profile. On fouille avec l’aide de notre complice en perversion scopique  Google et son adjoint Facebook.

Bing nous aide pour l’image en indexant les photos que l’on dépose sur Facebook et l’ensemble des infos dispersées un peu partout, parfois oubliées, fini d’informer vos amis / ennemis / ex / patrons / camarades de classe / sur qui vous êtes, sur ce que vous avez été.

Pratique, non ? Uniquement pratique ?

Modèles sociologiques et / ou modèle économique

Qu’un Facebook crashe, qu’un Twitter plante et le net s’en émeut (le 21 juin dernier pendant quelques heures)… On frôle le manque. L’addiction s’avère réelle. On vit, qu’on le veuille ou non, avec ces réseaux, sur ces réseaux dans les pires des cas, et là, la pathologie s’inscrit dans des comportements des plus gênants.

Les grilles de lectures sociologiques mutent en permanence. La complémentarité des supports Web ou IRL s’assoit de plus en plus… les flux se tendent, se croisent en permanence (les Ghostbusters nous avaient prévenu : « ne jamais croiser les flux…. C’est mal ! »). Et l’humain de devoir s’adapter. A-t-il un autre choix dans le modèle social dominant ? Il devrait l’avoir. Il devrait…

On crée nos vies, nous en sommes les acteurs sur les réseaux mais la co-création de l’existence pour pas mal de monde devient un modèle de plus en plus commun. Le champ des possibles s’élargit sans aucune limite grâce au web. Au quotidien, nos extensions sociales, de socialisation, que sont les réseaux, nous accompagnent. Applications, portails, guides, communautés, etc. : jamais nous ne sommes loin de quelqu’un ou quelque chose qui sera notre assistant d’un instant.

Ce modèle est devenu une telle évidence -et les réseaux le savent-  pour les entreprises, les marques,  mais aussi pour chacun des éléments constitutifs (chacun des membres auxquels nous sommes connectés), qu’il semble, au moment où j’écris ces lignes, impossible de nous en dispenser.

Cette capacité de connexion permanente nous fait vivre autrement : on recommande, on s’arroge du pouvoir, on accélère, on partage, on comprend autrement (pas forcément mieux) et ce faisant, on agit sur ce monde 2.0 qui lui-même agit sur le monde IRL. Les mutations se posent comme étant irréversibles.

On continue ?

Premier point de vue : la marque. Les chiffres sont clairs. Plus elle communique, plus elle vend. Elle souhaite sans aucun doute continuer, en s’adaptant, en devant créer en permanence. J’en ai déjà parlé ici voici quelques mois.

Second point de vue : les membres de ces réseaux. Sujet complexe. Entre addiction et volonté de prise de distance, nécessité de pauses digitales et angoisse de la déconnexion… Entre ego satisfait ou reconnaissance nécessaire… les cœurs balancent…

Troisième point de vue : les réseaux. Adaptation constante, correction, anticipation, les flux se modifient, mutent pour convenir davantage aux membres… On se lasse, on se méfie… mais on a besoin dorénavant d’une info en temps réel. Et les flux deviennent des flots, toujours plus…

Dans ce contexte, le point d’équilibre doit être trouvé. Et pour cela, il faut se déconnecter de temps à autre. En apnée, on ne tient pas 2 heures sans respirer. Vivre à flux tendu est une erreur si c’est constant. Il faut se poser, en partir. Plus on donne, plus on reste. Plus on reste, plus on donne. On reçoit de l’info tout autant qu’on en crée. On informe et on est informé. Le temps de cerveau humain disponible n’est pas illimité.

Et avec la pub « comportementale » sur Twitter, avec l’intégration de la pub dans les flux Facebook, les nouvelles options de ciblage , on sera de plus en plus soumis à une info dont on ne veut pas forcément, jusqu’à ce qu’on la digère… ou la rejette. Chaque polémique sur la pub ou la vie privée sur nos réseaux sociaux entraîne une vague de papiers scandalisés et une résignation ensuite. On s’y fera… pas le choix ?

Si ! Diaspora propose un modèle sans pub, avec des données protégées, sans impératifs boursiers, sans rentabilité absolue… et ses dirigeants viennent d’en donner les rênes à la communauté. Il existe un réseau sans exploitation des données personnelles, sans pub, sans quoi que ce soit de ce qui est reproché aux autres réseaux…. sans beaucoup de monde dessus, je le crains… The Changebook. On prédit de ci de là un nouveau Net anti-pub… mais la victoire de ces sites est loin d’être acquise.

Et il en existe toujours qui n’ont pas tout compris au net… N’est-ce pas Frédéric B. ?

On sature ?

Un millard d’humains dans quelques mois sur Facebook… Des réseaux de niche à tire-larigot, souvent fort pertinents pour s’extraire des deux ou trois géants du web, des entreprises de plus en plus présentes sur les réseaux ou en créant… Si la croissance des géants du web ralentit, ils ne sont pas morts pour autant, pas plus qu’ils ne sont moribonds. Bien loin s’en faut. Si l’on se place du point de vue des utilisateurs, tant que nous en tirerons un bénéfice personnel (et un profit en termes d’images entre autres pour les entreprises), ces réseaux resteront. Bien sûr, ils muteront… mais ils ne disparaitront pas d’un claquement de doigt ou de bulle Internet numéro 2.

Mais en a-t-on vraiment ras-le-bol de Facebook, ou ce média formidablement connecteur et communiquant nous est-il toujours aussi indispensable ?

Ce qui nous manque, à l’évidence : le temps. Il n’est pas extensible à l’envi, je le disais plus haut, et ne peut plus à terme, nous permettre de répondre à toutes les sollicitations, demandes, messages, commentaires. Plus que le réseau lui-même, c’est leur démultiplication qui va poser problème. Mais le Fear Of Missing Something est dorénavant tellement ancré en nous que la déconnexion devient difficile. Les ados nous l’ont montré tout l’été sur Twitter, au grand dam des TT…

Alors… saturation ? Mutation nécessaire ? Ras-le-bol total ? Point de non-retour atteint ?

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À propos de l'auteur



One Response to Les réseaux sociaux sont-ils finis ?

  1. Bonjour,

    Je me suis arrêté sur le The Changebook qui si j’ai bien compris, est un réseau social sans pub. Je suis désolé, mais où est le système économique ?

    Actuellement, il y a 10 000 membres sur ce site, ce qui est bien, mais si ce site sort du lot un jour, avec plus 25 millions de membres (chiffre de 2012), il va bien falloir investir dans des systèmes qui puissent soutenir un tel afflux de membre.

    Donc ce site est destiné à périr. Non ? Donc tout site qui veut tenir dans le temps doit avoir un système économique viable.

    Bon je m’écarte un peu du sujet qui est les réseaux sociaux sont-il fini.

    Voilà mon point de vue (pour reprendre les termes employés en début d’article).

    D’un point de vue général je ne pense pas, car ils sont dispensables à d’autres modèle économique. Et tout tourne autour du pognon. Et les gens sont de nature à développer leur curiosité et veulent savoir tout sur tous, infos, blagues, vie privés des autres. Donc les réseaux sociaux auront encore de quoi faire temps que les gens ne changerons pas leur instinct animal de la curiosité. Sinon comment aurions-nous découvert le feu ?

    Blague à part.

    Les réseau sociaux doivent-ils avoir peur des réseaux de niche. Je ne pense pas du tout. C’est réseau spécialisés qui n’ont pas l’aspect généraliste (d’où leur spécialité) que peut avoir les plus gros réseau.

    Ils ne pourront donc pas drainer le même nombre de membres.

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