éducation escher

Publié le 26 août, 2009 | par Stéphane Favereaux

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Le Web… une réalité 2.0 ?

Lorsqu’une journaliste du Monde.fr se désintoxique du web (http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2009/08/25/internet-m-a-t-il-rendue-plus-bete_1230654_3236.html ) de nombreuses questions se posent quant à l’appréhension de ce qui apparaît comme beaucoup plus qu’un média. Si Elise Barthet fut une semaine en « rehab », le moins que l’on puisse dire est que je suis, quant à moi, à plusieurs shoots par jour, voire sous perfusion, depuis longtemps. Addict mais pas en dehors de la réalité.

escher

Escher, Main dans une boule de cristal, 1935 (sur http://www.almaleh.com/ecriture/signatures/escher.html )

En dehors de cette métaphore à la seringue, il va de soi que les interrogations demeurent. Coupure d’avec le monde réel ? Introspection du réel par le virtuel ? Interpénétration des deux réalités ? Vie érémitique ? Ascèse 2.0 ? On croise nombre d’articles opposant toujours dans un absolu systématique le réel tangible et le net virtuel-déstructurant du réel… pourtant…

A mon sens, passer le plus clair de son temps dans le monde 2.0 qui dépasse les frontières du web 2.0, c’est adopter une autre forme d’appréhension de la réalité sans pour autant s’en exclure. Les modifications des comportements sociaux induits par le chronophage Internet ne sont pas qu’une simple et méchante extraction du monde réel. Si tant est que l’on sache utiliser les outils qui nous sont offerts, et si l’on me passe cette lapalissade éhontée.

Une partie de ma vie ces derniers temps fut donc à base de Friendfeed, Twitter, Facebook, Owni, Blogs, flux RSS, fils d’infos et autres joyeusetés dont les adaptes du 2.0 ont le secret. Pour autant, n’en déplaise aux alarmistes de tout poil, je n’ai pas le sentiment de vivre dans une grotte avec des Nerds ou des Geeks boutonneux avec pochette à stylos bien coincée dans la poche de chemise.

Les technophiles ne sont pas des naufragés éloignés des zincs et des rues à shopping, bien loin s’en faut. Bien sûr les contours des frontières entre temps de travail et temps de loisir tendent à évoluer conséquemment, et pas nécessairement dans le bon sens si celui-ci est commun. Mais si l’on tient compte d’une évidente et nécessaire évolution des mentalités, une journée technophile est une veille constante, une ouverture au monde telle que le Net seul peut la permettre. Je n’ai pas le sentiment de vivre hors du monde, bien au contraire, pas plus que d’être un sauvage derrière une réalité de 17 pouces…

wb20

Si l’on revient sur la sempiternelle question de l’exclusion du monde dit normal par une trop grande fréquentation du Web 2.0, je ne suis pas et ne serai pas seul à penser que ce manichéisme revenant à opposer ces notions est un tantinet dépassé… Internaute fieffé depuis presque 13 ans, technophile depuis à peine moins, je n’ai jamais considéré que le fait de passer le plus clair de son temps derrière un Mac ou un PC coupait du monde, même s’il existe nombre d’exceptions notables avec certains gamers qui ne décollent plus de leurs écrans, par exemple.

Mais la réalité que maintenant on augmente pour la rapprocher du réel (nombre de vrais philosophes pourraient réagir sur cette question d’ailleurs, donc pas BHL…) est une question de perception avant tout.

Surfer en permanence permet à mon sens de percevoir le monde réel avec un autre regard. C’est avoir accès à davantage d’infos, percevoir davantage de « réalités » sociales, c’est contribuer à  une émulation réflexive collective où chacun apporte une pierre 2.0 à une évolution de la réalité.

Les frontières opposantes sont devenues des ancrages complémentaires. Le monde est 2.0 comme le web est réel, tangible. S’il n’est pas palpable, il n’en n’est pas moins autre chose qu’une série de 1 et 0. Il permet de maintenir les yeux grands ouverts. La ségrégation réel – virtuel est obsolète et le 2.0 amène une construction de liens entre ce qui auparavant était discriminé : internautes et non-internautes si j’ose employer cette terminologie, ou plutôt  entre réel et virtualité. On en arrive à une perception multisensorielle et transposante où le 2.0 influe sur le réel et inversement. Un sentiment d’unicité du monde émerge et met en porte-à-faux les personnes pensant que tout se vit auprès d’un comptoir ou sur l’agora. Ca a été vrai, ça l’est encore évidemment, mais cette simple perception peut ne plus paraître suffisante. Bien sûr, chers acharnés anti-web (qui ne liront donc peut-être pas ce billet), il n’est pas question de ne vivre que derrière son écran, là n’est pas mon propos. Et le Web 2.0 n’est pas une « nouvelle agora », c’en est une autre, complétant la première. Les frontières, encore une fois s’amuïssent.

Mettre sur le même plan Internet et un monde essentiellement virtuel, fictionnel, c’est dire du web qu’il est aussi perturbant pour la perception du réel que les premières « télé-réalité » pour les enfants de six ans. Ces frontières d’exclusion se doivent d’être dépassées si une éducation au Net (une vraie) est offerte aux plus jeunes qui eux pourraient avoir des problèmes de perception de la réalité via le Web du monde réel si on ne leur explique pas le sens de cet outil.

L’apprentissage de la perception et de ses implications est absolument nécessaire. S’il est de l’ordre de l’individuel, il participe aussi du collectif, du participatif. On perçoit maintenant le monde via une multitude de réalités : télévisuelle, sensorielle, web, etc., sans pour autant que ces sources de perceptions soient socialement destructurantes. Ces fenêtres que la technologie ouvre sur le monde (les mondes ?) permettent, au final, d’ouvrir une autre forme d’intelligence, amènent un autre enrichissement. Le web 2.0 est aussi humain que ceux qui contribuent à le faire vivre.

Stéphane Favereaux

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